Développeurs : un manga sur le code et les jeux indés

Il y a des mangas que je lis par pur hasard, et d’autres qui me font de l’œil bien avant d’arriver entre mes mains. Développeurs fait clairement partie de la seconde catégorie… un titre qui parle de code, de création et de jeux indés, forcément, ça me touche directement.
C’est Mana Books qui m’a (encore 😋) permis de découvrir ce manga en m’envoyant le tome 1 gracieusement, et le timing ne pouvait pas être meilleur. Développeur depuis des années (bon, côté web, ce n’est pas exactement la même chose), passionné de jeux indépendants, j’étais vraiment curieux de voir comment cet univers allait être traité en manga, loin des shonens et des grandes scènes d’action.
Et très vite, Développeurs m’a embarqué dans un univers beaucoup plus proche de la réalité que je ne l’imaginais, en posant une question simple mais terriblement parlante : que se passe-t-il quand la passion de créer se heurte aux contraintes du monde professionnel, et qu’une autre voie semble soudainement possible…
L’histoire
Itto Yamamoto a récemment intégré une entreprise de développement de jeux vidéo. Il adore son travail, mais regrette de ne pas pouvoir exprimer davantage sa créativité au milieu d’une équipe de plus de cent personnes. Un jour, il participe à un salon de jeux indés et fait la rencontre de Haruka, une jeune développeuse. Itto se retrouve alors aspiré malgré lui dans le monde chaotique des jeux indés…
Dit comme ça, on pourrait croire à une simple histoire de reconversion ou de quête professionnelle, mais Développeurs va un peu plus loin. Le manga s’intéresse surtout à ce tiraillement permanent entre la sécurité d’un cadre bien établi et l’envie profonde de créer quelque chose de beaucoup plus personnel. À travers Itto, on découvre les premières fissures d’un quotidien pourtant confortable et cette frustration de ne pas pouvoir aller au bout de ses idées (ce moment où tu sais que tu pourrais faire mieux, mais que le contexte ne le permet pas).
La rencontre avec Haruka agit alors comme un déclencheur. Le monde du jeu indépendant s’ouvre à lui, avec tout ce que ça implique : passion, débrouille, erreurs, apprentissage sur le tas et cette sensation limite jouissive de construire quelque chose à partir de presque rien. Un univers attirant, mais loin d’être idéalisé, où chaque avancée demande du temps, de l’énergie et pas mal de remises en question…
Présentation
Comme je l’ai expliqué plus haut, Développeurs est un manga centré sur le monde de la création de jeux vidéo et plus précisément sur la scène indépendante. On est ici sur une série pensée en trois tomes au total, avec un premier volume qui pose les bases, présente les personnages et installe les enjeux sans chercher à aller trop vite.
Le manga est signé par Harumaki Arai, qui s’intéresse ici à un sujet rarement traité sous cet angle, en s’appuyant sur une approche très ancrée dans le quotidien et la réalité du terrain.

Visuellement, le dessin reste sobre et lisible, avec une mise en scène claire qui privilégie la compréhension plutôt que le spectaculaire. Les environnements, qu’ils soient professionnels ou liés aux salons et événements indés, servent surtout le propos et l’immersion dans cet univers très spécifique (et très nerd). Rien n’est là pour impressionner gratuitement, tout est au service du récit.
Le manga prend également le temps d’expliquer certains concepts liés au développement de jeux vidéo. Des cases intégrées à la narration viennent apporter des précisions ou des définitions, un peu comme un lexique discret, permettant de rendre le sujet accessible même à ceux qui ne connaissent pas le milieu. Ces éléments s’intègrent naturellement à la lecture et évitent vraiment de perdre le lecteur en route !
Le rythme est volontairement posé. Ce premier tome ne cherche pas l’action ou les rebondissements spectaculaires, mais s’inscrit davantage dans une approche « tranche de vie », axée sur la réflexion, le quotidien et les choix professionnels. Le public visé est donc assez large, allant des curieux aux passionnés de jeux vidéo, en passant par celles et ceux qui s’intéressent simplement aux coulisses de la création. En bref, un manga accessible, clairement tout public.
Mon avis
Dès les premières pages, j’ai été surpris par la justesse du ton. Développeurs ne cherche jamais à en faire trop, et c’est précisément ce qui m’a accroché. En tant que développeur (même si je ne suis pas du tout dans le jeu vidéo), j’ai retrouvé beaucoup de sensations familières : cette passion pour le code, cette envie constante de faire mieux/plus, d’aller plus loin, de proposer autre chose que ce qu’on nous demande strictement. Cette impression aussi de vouloir être autre chose qu’un simple « pisseur de code » (oui, c’est un vrai terme).
Le personnage d’Itto m’a parlé assez vite, justement parce qu’il n’est pas idéalisé. Il aime son travail, il est content d’être là où il est, mais il ressent ce petit truc en plus qui dérange, cette frustration de ne pas pouvoir exprimer pleinement sa créativité dans un cadre très structuré. Ce décalage entre l’envie de créer et la réalité de l’entreprise, je pense que beaucoup de développeurs, quel que soit leur domaine, peuvent s’y reconnaître à un moment ou à un autre.

Après Itto, difficile de ne pas parler de Haruka. Elle est clairement l’élément perturbateur dans sa vie, celle qui vient bousculer ses habitudes. Sa présence fait office de déclencheur, pas seulement sur le plan professionnel, mais aussi dans sa manière de voir la création et ce qu’il a vraiment envie de faire.
Et puis, mine de rien, ça fait plaisir de voir une femme mise en avant dans un univers souvent très (trop ?) masculin. Alors oui, le duo fille/garçon peut sembler un peu facile sur le papier, mais ça a aussi le mérite de rappeler une chose qu’on oublie encore trop souvent : le jeu vidéo et le développement ne sont pas réservés qu’aux mecs. Haruka apporte une vraie énergie au récit, sans être réduite à un simple rôle secondaire et ça participe clairement à l’équilibre du manga.
Ce que j’ai particulièrement apprécié, c’est la plongée dans l’univers du jeu indépendant. On sent que le manga aime profondément ce milieu, sans jamais le rendre magique ou facile. La débrouille, les erreurs, les choix parfois discutables, les sacrifices aussi… tout est montré avec une certaine honnêteté. Et en tant que joueur, j’ai trouvé ça vraiment plaisant de voir l’envers du décor (certes parfois un peu romancé), de comprendre les étapes, les contraintes et tout ce qui peut mener, parfois, à de véritables petites pépites.
Autre point très réussi à mes yeux : la manière dont les notions techniques sont abordées. Les explications intégrées sous forme de petites cases façon lexique sont claires, bien dosées et surtout jamais envahissantes. On apprend des choses sans avoir l’impression de lire un manuel, et ça rend le manga accessible même à ceux qui ne connaissent rien aux univers explorés (ce qui est loin d’être gagné sur un sujet comme celui-là).

Si je devais émettre une petite réserve, ce serait plutôt une interrogation qu’un vrai reproche. Le rythme est volontairement posé, ce qui me plaît beaucoup, mais je me demande surtout où l’histoire va aller. Les bases sont clairement posées, on commence à peine à entrevoir une première direction dans l’avancement du projet, et justement, j’ai envie de voir comment tout ça va se structurer et évoluer sur seulement trois tomes.
Forcément, on est ici à l’opposé de mangas comme Dragon et Caméléon, où l’action, le surnaturel et les affrontements occupent une place centrale. Développeurs prend un chemin totalement différent, beaucoup plus calme, plus simple et presque contemplatif par moments. Il faut l’aborder avec cet état d’esprit-là, sous peine de passer à côté de ce qu’il cherche vraiment à raconter ?
Et puis, petit détail qui a son importance à la maison : Ezio a profité pour me chaparder mon tome. Résultat, il l’a dévoré à son tour et a beaucoup accroché lui aussi, au point de me demander quand la suite sortirait… Voir un manga réussir à parler à la fois à un adulte développeur et à un enfant curieux, je trouve que ça en dit long sur son accessibilité et son efficacité !
À la fin de ce premier volume, une chose est sûre : j’ai eu envie de connaître la suite immédiatement. Pas par frustration, mais parce que j’ai déjà réussi à m’attacher aux personnages et à leur parcours, et que j’ai vraiment envie de voir jusqu’où cette aventure va les mener.
Conclusion
Avec ce premier tome, Développeurs pose des bases solides et propose quelque chose d’assez rare dans le paysage manga. Un récit centré sur la création, la passion et les doutes, sans action spectaculaire, mais avec une vraie sincérité dans ce qu’il raconte. J’y ai retrouvé beaucoup de choses que je connais, autant dans le rapport au code que dans cette envie permanente de donner du sens à ce que l’on crée/code.
Ce manga ne s’adresse pas uniquement aux développeurs ou aux fans de jeux vidéo. Il peut clairement parler à toute personne curieuse de comprendre l’envers du décor, celles et ceux qui aiment les histoires humaines/réelles et qui prennent le temps de s’installer. Le ton posé, les explications accessibles et les personnages attachants rendent l’ensemble très facile à lire, même sans bagage technique.
De mon côté, ce premier volume m’a clairement donné envie d’aller plus loin. J’ai envie de voir où l’histoire va mener Itto et Haruka, comment leur projet va évoluer et jusqu’où cette aventure peut les emmener. Et puis, il y a ce petit secret autour d’un personnage (secondaire) en particulier… le chef : un mystère qui m’intrigue énormément et pour lequel il me faut des réponses !
Si la suite est à la hauteur de ce que ce tome 1 installe, Développeurs pourrait bien devenir une très belle surprise sur l’ensemble de la trilogie. Bref, un manga que je recommande sans hésiter, que l’on soit développeur, joueur, curieux… ou simplement amateur de bonnes histoires bien racontées.
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