Fake Rebellion – Deux tomes pour rallumer la flamme de la révolte

Premier avis manga de l’année… et quelle entrée en matière ! Avec Fake Rebellion, j’avais envie de commencer 2026 sur une note un peu différente. Une dystopie nerveuse, deux tomes sortis en même temps, un univers de métal et d’espoir brisé… il ne m’en fallait pas plus pour piquer ma curiosité.
Publié chez Mana Books (que je remercie pour l’envoi des deux volumes), Fake Rebellion est signé par Yuchang Sasaki, un mangaka encore peu connu en France, dont l’œuvre a d’abord été prépubliée dans le magazine japonais Big Gangan de Square Enix en 2018. Une mini-série courte et intense, qui nous plonge dans un monde asservi par les machines, où chaque fragment d’humanité tente encore de se battre pour sa survie.
Et autant vous le dire tout de suite : entre son rythme nerveux, son duo atypique et son univers percutant, cette rébellion mécanique m’a fait passer par plusieurs émotions… de la fascination pure à de la frustration une fois la dernière page tournée.
L’histoire
Tombée sous le joug de l’empire des Machines, l’humanité a été classée en fonction de ses capacités. Hanamiya, héritière du trône de l’ancien empire de Einheit, rallie à elle les orphelins de rang F dans l’espoir de lancer, un jour, une grande rébellion.
Dans cette lutte acharnée, le « Death Genesis Drive » pourrait bien être le dernier espoir des hommes, le tremplin leur permettant d’en finir avec ce monde d’acier qui entrave leur avenir !
Dans un futur où les Machines ont réduit les humains à de simples outils, les survivants vivent au plus bas de l’échelle et son classés selon leur utilité. Parmi eux, Hanamiya, jeune héritière de l’empire pré-invasion, tente de redonner espoir au peuple pour lancer une révolte avec l’aide d’enfants rejetés du système.
C’est là qu’apparaît Kicca, un garçon rebelle et assez imprévisible, accompagné de Coeurl, une créature mi-chat mi-machine aussi étrange qu’attachante. Ensemble, ils vont croiser la route d’autres survivants et découvrir un pouvoir singulier : le « Death Genesis Drive », capable de transformer les regrets du passé en arme surpuissante.
Présentation
Fake Rebellion, c’est un monde dur, partiellement détruit, métallique, sans chaleur. Un décor où tout semble froid, mais qui attire tout de suite par sa force visuelle.
Le trait précis de Yuchang Sasaki joue énormement sur les contrastes : silhouettes élancées, décors massifs et un usage marqué des ombres qui accentue la tension permanente de certaines scènes. Le résultat est visuellement fort, parfois brutal (avec certaines actions assez violentes), mais toujours lisible.
Le récit repose sur un trio central :
- Kicca, jeune rebelle au tempérament imprévisible, moteur du récit par son tempérament et ses excès ;
- Hanamiya, héritière d’un empire disparu, figure d’espoir et de courage silencieux ;
- Et Coeurl, créature mi-chat mi-machine, qui accompagne leurs pas et apporte une touche de légèreté et mignonitude bienvenues dans cet univers ;

Le découpage de Sasaki est nerveux et cinématographique. Chaque séquence d’action garde un très bon niveau de lisibilité et les rares moments de calme sont utilisés pour poser l’univers sans casser le rythme. On sent derrière chaque planche une vraie recherche où la mise en scène privilégie le mouvement à la parole.
Côté édition, Mana Books reste fidèle à sa ligne : une impression propre, un papier agréable et une mise en valeur efficace du trait. Les jaquettes rose et blanc attirent immédiatement l’œil et traduisent bien le ton électrique du manga. Et la sortie simultanée des deux tomes, le 8 janvier 2026, permet de découvrir l’histoire d’un seul trait : un vrai plus pour ce format court !
Mon avis
Dès les premières pages, Fake Rebellion m’a accroché. J’aime ce genre de manga qui ne perd pas de temps à s’installer, qui balance directement son univers et te dit : « allez, c’est parti ! » . Le rythme est nerveux, le ton assez dur et visuellement ça en impose. On sent que Yuchang Sasaki sait exactement ce qu’il veut transmettre : de l’énergie, du chaos et une forme d’urgence quasi physique.
Mais très vite, un autre sentiment s’installe : la distance.
J’ai eu du mal à m’attacher personnellement aux personnages, surtout à Kicca, le protagoniste. Il est peu charismatique, mais aussi… très franchement imbuvable ! Arrogant, imprévisible, souvent à la limite du mépris envers les autres… C’est clairement un anti-héros dans toute sa splendeur, et c’est sans doute voulu, mais du coup, difficile pour moi d’y accrocher. Hanamiya, elle, dégage tout l’inverse : calme, déterminée, mais pas assez développée pour qu’on s’y attache également. Cependant, il faut avouer que, malgré ça, leur duo fonctionne plutôt bien même s’il manque parfois de ce petit liant émotionnel qu’on attend d’un binôme.

Le seul personnage qui m’a vraiment marqué, c’est Gilbert, l’ancien chevalier de l’empire. Son histoire est plus étoffée, son rôle mieux écrit et son apparition apporte une vraie profondeur à l’ensemble. Lui, on comprend ses motivations, ses blessures et on ressent ce qu’il a perdu (et, spoiler, c’est assez violent !). C’est sans doute le personnage le plus humain du lot, celui qui a le plus souffert et c’est ce qui le rend d’autant plus intéressant.
Et puis, il y a Coeurl, la petite créature qui accompagne Kicca. Il semblait d’abord promis à un rôle de mascotte attachante à la Chopper (One Piece) ou Happy (Fairy Tail). Mais en réalité, il reste étonnamment discret. On le voit peu, intervient rarement dans les moments clés et son potentiel comique ou émotionnel n’est qu’effleuré. Ce qui m’a surtout frustré, c’est qu’on ne connaît finalement ni sa provenance, ni ce qu’il est réellement, ni même le moindre élément de lore qui lui donnerait de la consistance. Dommage, car ce contraste entre l’humour cynique de Coeurl et la violence du monde aurait pu apporter un vrai souffle au récit…

Côté narration, j’ai aimé le rythme du premier tome. Ça avance vite, sans détour, avec de vraies bonnes idées visuelles et une tension constante. Mais le second volume… lui, m’a clairement laissé sur ma faim. Tout s’accélère, les révélations s’enchaînent, les informations tombent très vite et on sent que Sasaki doit plier ses arcs plus rapidement que prévu. La fin arrive brutalement, presque sans que l’on s’en rende compte et laisse un arrière-goût frustrant.
Et pour être honnête, je me suis demandé pourquoi. Pourquoi cette conclusion si précipitée ? Pourquoi cette impression que tout aurait pu aller plus loin ?
En creusant un peu, j’ai découvert que la série avait été interrompue plus tôt que prévu au Japon, faute de succès. L’auteur a donc dû conclure rapidement, en proposant une fin « propre » (bien qu’encore ouverte), mais bazardée : une manière de clore l’histoire sans la trahir, mais sans pouvoir lui donner toute l’ampleur qu’elle méritait. Et une fois qu’on le sait, cette sensation de course contre la montre et cette densité un peu déséquilibrée prennent tout leur sens…
Malgré ça, j’ai pris plaisir à lire Fake Rebellion. Le dessin est superbe, l’univers tient la route et même si tout n’est pas parfaitement exploité, j’ai senti la sincérité du projet. C’est une lecture courte, brute, parfois maladroite, mais portée par une vraie énergie et une forte identité. Pas un chef-d’œuvre, non, mais un manga qui a le mérite d’aller au bout de ce qu’il promet : un cri de révolte, même s’il arrive un peu trop tard…
Conclusion
Fake Rebellion fait partie de ces lectures qui laissent un drôle d’écho une fois refermées. Tout n’est pas parfait, le scénario manque parfois de souffle, certains personnages sont à peine esquissés et la fin arrive un beaucoup trop vite. Mais malgré ses maladresses, la série dégage une vraie personnalité qui, je pense, aurait pu plaire de nos jours.
C’est court, intense, visuellement marquant et porté par une vraie sincérité. J’ai aimé l’énergie qui s’en dégage et cette envie de raconter quelque chose de fort. Et même si la rébellion s’éteint un peu vite, elle laisse derrière elle une étincelle, ou du moins, la possibiliter de rever nous-même à la suite.
Pour moi, Fake Rebellion reste une bonne curiosité SF à découvrir surtout si vous aimez les dystopies nerveuses, les univers mécaniques et les séries bouclées qui savent taper fort sans s’éterniser. Pas un indispensable, mais un titre honnête, sincère et visuellement bluffant : une petite révolte, sur papier, aussi imparfaite qu’attachante.
Aucun commentaire
Il n'y a pas de commentaires pour le moment. Soyez le premier à participer !